Article · 17 février 2026 · Rodolphe Lenoir
La chronique de Rodolphe Lenoir, cofondateur d’IMPACT CONSULTANTS
Entre fragmentation du NDC et essor du modèle « Offer & Order », l’industrie aérienne poursuit sa mutation en matière de distribution.
Les 10 et 11 février derniers, à Bruxelles, l’ECTAA (European Travel Agents’ and Tour Operators’ Associations) réunissait compagnies aériennes, GDS, TMC et acteurs technologiques pour son Distribution Summit annuel. Dans un contexte où la fragmentation de la distribution aérienne atteint un niveau inédit, l’événement a confirmé une chose : le débat n’est plus idéologique, il est désormais vital pour l’industrie. Au cœur des discussions, la table ronde animée par Rodolphe Lenoir, cofondateur d’IMPACT CONSULTANTS - « What’s Next in Air Travel Distribution ? » - a permis d’aborder sans détour l’état réel du NDC, les promesses et les limites du retailing, l’impact de l’IA et la place des agences.
Lufthansa fut l’une des premières compagnies à déployer le NDC dès 2016. Dix ans plus tard, la part du NDC dans l’émission totale de billets reste comprise entre 20 % et 30 %. Un chiffre structurant : malgré une décennie d’investissements, le modèle EDIFACT reste dominant. Le NDC est un canal, pas encore une bascule. Les motivations initiales étaient triples - stratégique, sortir des contraintes des full content agreements ; financière, reprendre la main sur les coûts de distribution ; fonctionnelle, proposer des bundles différenciés. Sur ce dernier point, le constat est lucide : les capacités des PSS n’ont pas permis de délivrer immédiatement la promesse faite au trade.
Côté GDS, le défi était existentiel. Amadeus rappelle que le NDC reste une priorité stratégique : près de 35 compagnies live, 15 à 20 activations supplémentaires prévues en 2026, plus de 50 000 agences connectées, et un taux d’adoption extrêmement hétérogène selon les compagnies, de 0 % à plus de 50 %.
Le consensus du panel est net : le NDC n’est pas la destination finale. Il devait permettre de reproduire l’expérience du site airline - bundles, personnalisation, flexibilité. La différenciation la plus tangible aujourd’hui reste le pricing dynamique et continu.
La vraie rupture structurelle est ailleurs. L’ancien monde était structuré autour des PNR, tickets et EMD ; le nouveau travaille sur un Order unique, flexible, enrichissable. L’enjeu n’est pas cosmétique : réduction des contraintes artificielles en servicing, logique de panier, meilleure gestion des disruptions, moindre dépendance à l’expertise cryptique. On passe d’un modèle transactionnel à un modèle commercial structuré autour de l’offre.
La question posée au panel était volontairement directe : les compagnies iront-elles full direct ? La réponse de Lufthansa est non - la transition sera progressive et structurellement dépendante des réseaux de distribution. Seront renforcées les agences qui :
Celles qui restent sur une logique purement transactionnelle, en revanche, verront leur valeur compressée.
Dix ans après les premières implémentations, la distribution aérienne reste en phase de transition. Le retailing aérien n’est pas un aboutissement : c’est un chantier. Et pour les agences, la recommandation implicite du panel pourrait se résumer ainsi : ne pas subir l’architecture, mais la comprendre - et l’intégrer avant qu’elle ne s’impose.
Une chronique de Rodolphe Lenoir - cofondateur d’IMPACT CONSULTANTS. Publiée dans TourMaG le 17 février 2026.
{{ current.kicker }}
{{ t.more }}